Madame Bovary

Gustave Flaubert, Madame Bovary – Garnier Flammarion 1966

Lu du 10 au 27 juin 2014

Mon vote : 5/5 étoiles

 

Mon plus fort souvenir de Madame Bovary (d'il y a à peu près trente ans) avant la relecture, était le style impeccable. Il se peut qu’il fût justifié d’autres, un peu plus vagues, concernant le soin que Flaubert portait à l’écriture, son étude minutieuse de chaque tournure de phrase, de chaque sonorité.

Eh bien, maintenant le seul reproche que je pourrais lui faire c’est juste ce style trop travaillé, qui tombe parfois en rhétorique et qui use trop de comparaisons. La cadence de la phrase semble un peu vieillie, un peu démodée, et pourtant elle va bien avec le contenu, c’est-à-dire il y a toujours cet équilibre convoité par tous les écrivains entre la forme et le fond. Ce qui dans le fond n’est pas surprenant, vu qu’il s’agit d’un chef-d’œuvre.

En effet, parfois la rhétorique de la phrase correspond à la rhétorique de l’âme et suggère une transposition des pensées de l’héroïne en style indirect libre, en illustrant à la fois le drame de la médiocrité (que de nos jours on appelle parfois "bovarysme"), qui trahit la qualité douteuse (parce qu’elle met en évidence le pathétisme d’Emma) des aspirations de l’héroïne, étant donné que ses prétentions et ses rêves sont peu justifiés de son intellect:

Au fond de son âme, cependant, elle attendait un évènement. Comme les matelots en détresse, elle promenait sur la solitude de sa vie des yeux désespérés, cherchant au loin quelque voile blanche dans les brumes de l'horizon.

Autrefois la comparaison sert à illustrer avec une ironie frisant le sarcasme ces « mœurs d province » qui constituent le deuxième thème du roman tout en créant son background. Un background noyé lui-aussi dans la médiocrité qui, entourant tous les personnages comme une prison infaillible, me semble le supra-thème du roman

L’aplomb dépend des milieux où il se pose : on ne parle pas à l’entresol comme au quatrième étage, et la femme riche semble avoir autour d’elle, pour garder sa vertu, tos ses billets de banque, comme une cuirasse, dans la doublure de son corset.

Enfin, on y trouve aussi des méditations sur le style, que l’auteur le sent emprisonné lui aussi dans la médiocrité de toute expression qui faillit faire valoir la pensée :

…la parole humaine est comme un chaudron fêlé où nous battons des mélodies à faire danser les ours, quand on voudrait attendrir les étoiles.

On pourrait parler à l’infini de ce roman fascinant sans aboutir à épuiser toutes ses significations ni à révéler toute son ampleur, toute son importance littéraire, telle est sa complexité si bien définie comme un jeu de contradictions par Émile Faguet :

« Il y avait en lui un romantique qui trouvait la réalité plate, et un réaliste qui trouvait le romantisme vide, et un artiste qui trouvait les bourgeois grotesques, et un bourgeois qui trouvait les artistes prétentieux, et le tout était enveloppé d’un misanthrope qui trouvait tout le monde ridicule. »

La beauté de cette caractérisation de Faguet est qu’elle parle de l’homme par l’entremise de son œuvre et vice-versa. Car n’est-elle pas, la célèbre phrase de Flaubert, « Madame Bovary c’est moi » une de plus belles définitions de l’artiste, qui n’existe en dehors de son œuvre, qui est seulement son œuvre ? Cette phrase si fière et vraie qui a réussi à attendrir les étoiles.

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