Comme un roman

Daniel Pennac, Comme un roman - Folio, 1995

Lu du  19 au 26 juillet, 2013

Mon vote: 3/5 étoiles

 

Que de souvenirs a réveillé ce petit livre ! Premièrement, de moi à sept ans, penchée sur les lignes d’un petit recueil de contes, découvrant soudain la lecture en silence, émerveillée de constater que je lisais ainsi deux fois plus vite. Puis des nuits perdues en lisant en cachette sous le duvet, à la lumière d’une petite veilleuse avec laquelle j’ai failli brûler les draps de ma mère. Ensuite des centaines de pages de Dumas que j’ai avalées, auxquelles j’ai dû tant de bonnes notes en Histoire ! Sans parler de la « maladie » que j’ai attrapée en adolescence (et dont je n’ai jamais guéri) pour Dostoïevski, entrainant la perplexité de mon prof d’Histoire que je pouvais admirer un tel désaxé (pas loin de la réaction de la mère de Flannery O’Connor que Pennac évoque: « L’Idiot ? ça te ressemble de commander un livre avec un nom pareil ! »)
 
Tout ça mêlé avec la tristesse que pour la plupart de la génération actuelle les huis de la lecture sont bel et bien clos – même pour ma fille, entourée pourtant de livres comme moi à son âge, même pour les enfants de mes érudits amis, même pour mes élèves que je n’ai pas vraiment déterminés à lire de plein gré, bien que la plupart des méthodes proposées par Daniel Pennac je les eusse déjà essayées. 

Serions-nous vraiment, les pédagogues d’aujourd’hui, des prêteurs du Savoir contre intérêts, selon la belle formule de l’auteur ? Sans doute, mais aussi étaient nos professeurs, et les leurs et ainsi de suite, mais on lisait quand même, et notre révolte était parfois de lire autre chose que l’école demandait, mais jamais de ne pas lire. Si séduisante que soit la « méthodique » de l’apprentissage de la lecture proposée par Pennac, elle ne résout qu’en partie le problème, vu que les adolescents ne trouvent plus que c’est important, la lecture, et c’est pourquoi, parfois, si bête qu’elle puisse paraître, la fameuse demande « Comment ? N’as tu pas lu ça ? » pourrait déclencher l’ambition d’être au courant, de savoir de quoi diable on parle. Au moins, c’était comme ça pour nous – mais pour nous était inconcevable et honteux d’être pris au dépourvu quant à un nom, à une œuvre, à un événement culturel. 
Pourtant j’ai connu moi aussi, comme l’auteur, la satisfaction de faire découvrir un livre ou l’autre aux jeunes (même à ma fille ☺) mais j’ai vu peu d’entre eux devenir lecteurs invétérés. 

C’est pour ça que je dis que ce petit livre sympa est surtout écrit pour nous, vieille espèce en voie d’extinction ☺, nous qui savions déjà que « une lecture bien menée sauve de tout, y compris de soi-même », nous qui avions déjà saisi que la différence entre un bon et un mauvais roman tient surtout de l’industrialisation donc de la simplification de l’écriture, nous qui reconnaissons comme les nôtres les petites épiphanies du fameux décalogue du lecteur :

1. « Le droit de ne pas lire » 
2. « Le droit de sauter des pages » 
3. « Le droit de ne pas finir un livre » 
4. « Le droit de relire. » 
5. « Le droit de lire n'importe quoi » 
6. « Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible) » 
7. « Le droit de lire n'importe où » 
8. « Le droit de grappiller » 
9. « Le droit de lire à haute voix » 
10. « Le droit de nous taire » 

Dans le fond, seulement pour nous, et magiquement encore, « le temps de lire, comme le temps d’aimer, dilate le temps de vivre. »

No ratings yet - be the first to rate this.

Add a comment

You're using an AdBlock like software. Disable it to allow submit.