La symphonie pastorale

André Gide, La symphonie pastorale - Gallimard, 1972

Lu du 29 au 31 janvier 2013

Mon vote: 2/5 étoiles

 

Il y a une belle histoire grecque d’un sculpteur qui tombe amoureux de sa propre œuvre et supplie Aphrodite de lui donner vie. C’est l’histoire de Pygmalion et Galatée. C’est, en effet, l’histoire de l’artiste donnant vie à sa création. C’est aussi l’histoire du maître qui modèle ses disciples. C’est en fin de compte, l’histoire d’Adam qui a créé Ève de son propre corps.

C’est également l’histoire de ce livre, construit, comme la célèbre symphonie beethovenienne qui lui donne le titre, de cinq mouvements d’une apparence sereine comme la vie du pasteur-narrateur à la campagne : la tranquillité monotone de la vie dans une petite communauté montagnarde, la décision de prendre soin d’une âme perdue, la satisfaction devant les progrès de sa protégée et l’amour qui s’ensuit, la tragédie, le refuge dans la religion et le pardon de sa famille.

On a déjà parlé du mélodrame dont ce mini-roman faillit s’échapper. Bien-sûr, il s’agit plutôt d’un mélodrame d’intrigue, sauvé par la façon dont le narrateur s’y prend,  ce narrateur dont la vie calme et tranquille est temporairement troublée par un violent orage (comme dans la quatrième partie de la symphonie) qui ne laisse néanmoins pas trop de marques sur son esprit monumentalement égoïste et stupidement optimiste.

D’ailleurs, le plus intéressant aspect de cet ouvrage assez mal développé semble être en principal le déploiement graduel du caractère du pasteur, par l’entremise de ses pensées et de ses actions, en révélant la façon de trouver toujours des excuses pour ses actions, en ne tenant jamais compte des autres, qui sont pour lui plutôt des êtres unidimensionnels qui ne peuvent pas être endommagés. Sa femme est mesquine et morose (« son âme émet des rayons noirs »), ses enfants plus jeunes trop turbulents, l’amour de Jacques pour Gertrude est superficiel, même Gertrude, décide-t-il, est plus heureuse dans l’ignorance et cécité. Il pourrait sembler diabolique s’il n’était pas tout simplement pathétique.

Il pourrait être, en tout cas, un personnage mémorable. Mais Gide n’a pas eu la patience de le développer comme il faut, tout comme il semble continuellement pressé de finir le roman, coûte que coûte, et la deuxième partie est assez, pour utiliser un terme anglais, sloppy.

Albert J. Guerard voit dans ce roman une œuvre à-thèse, « une démonstration lucide des maux que la sensibilité romantique et le l’illusion de soi peuvent entrainer, de la confusion que Rousseau a faite entre "la conscience" et "l’instinct". »

Et comme toutes les œuvres de ce type, sa valeur littéraire reste, malheureusement, limitée.

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